Que retenir de la conférence de presse de la ministre de la Santé par intérim après le décès suspect de 11 nouveaux-nés?

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Sonia Ben Cheikh fait le point…

La ministre de la Santé publique par intérim, Sonia Ben Cheikh a tenu, lundi, une conférence de presse afin de revenir sur les derniers éléments ayant causé la mort de 11 nouveaux-nés -et peut-être même un douzième- au service gynécologie obstétrique de l’hôpital de la Rabta à Tunis entre le 07 et le 08 mars.

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Posted by Nessma on Monday, March 11, 2019

À chacun d’assumer ses responsabilités

“Celui qui a commis une erreur devra rendre des comptes” a débuté la ministre.

“Nous ne ferons pas de commissions fantaisistes juste pour calmer les esprits. Nous sommes conscients qu’il y a un problème. Les personnes qui seront responsables selon l’enquête payeront”.

Cependant, selon ses dires, les nouveaux-nés était nés de façon prématurée. Ils étaient tous âgées de 28 à 32 semaines et avaient un poids qui oscillait entre les 400 grammes et un kilo 300 grammes: “leur système immunitaire est donc fragile” a expliqué Sonia Ben Cheikh ajoutant que “ce qui s’est passé n’est pas normal. Ces décès ne passeront pas impunément”.Au service de néonatologie, le risque de décès existe. En temps normal, le taux de décès dans ces services partout dans le monde dépasse les 40%”

AU SERVICE DE NÉONATOLOGIE, LE RISQUE DE DÉCÈS EXISTE. EN TEMPS NORMAL, LE TAUX DE DÉCÈS DANS CES SERVICES PARTOUT DANS LE MONDE DÉPASSE LES 40%”

Quelles sont les causes de ces décès? 

“Au servie néonatologie, il y a ce qu’on appelle une salle blanche, une salle de préparation où l’on prépare l’alimentation de ces nouveaux-nés (…)  Ce sont des préparations qui sortent dans une poche. Ce ne sont donc pas des sérums, ce ne sont pas des médicaments, c’est des préparations qui sont faites dans cette salle qui respecte, normalement, les normes nationales et internationales et qui est stérilisée” explique la ministre avant de poursuivre:  “Dans cette salle, à partir de produits donnés par la pharmacie, des produits qui répondent aux normes et qui sont vérifiés par les pharmaciens, (…) sont préparés un mélange pour donner l’alimentation parentérale. Cette alimentation est mise dans des poches et sont données aux malades”.

Ainsi, la ministre réfute l’idée que la cause de ces décès provient “d’un médicament ou d’un sérum périmé”.

“Nous allons attendre les résultats de l’enquête puisque des prélèvements ont été faits sur l’ensemble du service, nous attendons les résultats des analyses. Le ministère public a également fait ses propres prélèvements qui ont été envoyés à un autre laboratoire afin qu’on ne dise pas que les résultats peuvent être faussés (…). L’inspection du travail et la commission d’experts dès qu’ils ont pris en main le dossier, ont eux aussi effectué des prélèvements qui ont été envoyés à un troisième laboratoire” décrit-elle affirmant attendre maintenant les résultats.

“Pour avoir une orientation sur les résultats, nous devons attendre 4 à 5 jours. Mais pour avoir les résultats complets et définitifs, nous devons attendre une dizaine de jours”.

Une infection nosocomiale à l’origine des décès? 

“Les nouveaux-nés décédés ont eu des symptômes qui nous laissent penser que ces alimentations parentérales peuvent être la cause des décès” affirme la ministre de la Santé par intérim.

″D’après les premiers éléments, nous avons constaté qu’il s’agit d’infection nosocomiale. C’est une infection qu’un patient acquiert à l’intérieur de l’hôpital (…) Ce n’est pas quelque chose de spécifique à ce service. Tous les services de tous les hôpitaux en Tunisie et dans le monde peuvent subir des infections nosocomiales. Tant qu’il y a des manipulations, un environnement où se trouve de l’eau, de l’air et des paillasses, le risque d’infection en milieu hospitalier existe” note-t-elle ajoutant que la salle de préparation de l’alimentation des nouveaux-nés a été fermée.

Cependant rassure-t-elle, les préparation alimentaires pour les nouveaux-nés continuent d’être réalisées dans d’autres centres: “Nous avons le centre de greffe et de moelle osseuse qui a une salle blanche pour faire ces préparations. C’est là-bas que nous préparons cette alimentation depuis le 07 mars. Nous n’avons pas pris les mêmes préparations qui ont été utilisées à l’hôpital Wassila Bourguiba pour sortir du risque tant que l’enquête n’a pas déterminé les causes”.

Combien de décès? 

“Il y a eu jusqu’à samedi 11 décès. Hier, un nouveau-né est décédé, mais nous n’allons pas lier tous les décès des services néonatologiques à cette crise. Mais la cheffe de service a pris ses responsabilités (…) et a tout de même tenu à ce que ce décès soit pris dans le cadre de cette infection nosocomiale. Nous avons donc 12 décès, même si pour le dernier en date (…) nous restons sur nos garde” explique la ministre.

“Le nombre de nouveaux-nés qui ont pris cette alimentation parentérale est bien plus important que le nombre de décès. Au sein du service, ils ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont pris les devant pour éviter que ceux qui ont pris cette alimentation -sur laquelle nous avons des doutes- soient vite auscultés” poursuit-elle.

Vers une réforme du secteur? 

Revenant sur le budget du ministère de la Santé, la ministre par intérim affirme qu’il s’agit du “4ème budget par rapport aux autres ministères”.

″Le budget a augmenté de 6,5% par rapport à l’année dernière” démentant ainsi certaines rumeurs faisant état d’un budget famélique du ministère de la Santé par rapport aux autres ministères.

“Je dis à mon collègue Abderraouf Cherif (ministre de la Santé qui a démissionné suite à ces décès) que vous n’êtes le seul responsable. Cela est dû à une accumulation de problèmes depuis des années. Moi-même j’ai ma part de responsabilité puisque j’ai été secrétaire d’État à la Santé” indique Sonia Ben Cheikh.NOUS N’ALLONS PAS NOUS ARRÊTER LÀ. TOUT LE SECTEUR EN AUJOURD’HUI EN ÉTAT D’URGENCE. LE CHEF DU GOUVERNEMENT A PRIS LES CHOSES EN MAIN”

NOUS N’ALLONS PAS NOUS ARRÊTER LÀ. TOUT LE SECTEUR EN AUJOURD’HUI EN ÉTAT D’URGENCE. LE CHEF DU GOUVERNEMENT A PRIS LES CHOSES EN MAIN”

Un problème de gouvernance

“Il y a une tentative de récupération politique de ce drame. Je dis ‘non’ à la récupération politique quand cela touche à la santé de nos enfants, quand cela cause des décès, quand cela cause de la détresse, de la tristesse, de la douleur. Non à la récupération politique! Ils disent qu’il y a eu 80,100, 70 décès. Non!” regrette la ministre.

“Arrêtez! Laisse les médecins travailler, laisser l’administration travailler! On fait quoi? On ferme les portes? On n’avance plus? (…) Non, le secteur ne s’arrêtera pas!” promet-elle.

Notant “un problème de gouvernance” et de “confiance”, la ministre assure que cela sera traité dans “les jours, les semaines, les mois à venir”, le chef du gouvernement ayant pris “les choses en main”. 

″Concernant les cartons dans lesquels les nouveaux-nés ont été remis à leurs parents, nous ne l’acceptons pas. Le chef du gouvernement m’a appelé avant la conférence de presse et m’a donné un mois pour trouver une solution. Il n’y aura plus de cartons, nous n’accepterons plus cette pratique. Nous trouverons une solution qui respectera la dignité des parents et de ces petits anges” a-t-elle conclu.

11 nouveaux-nés sont décédés entre les 7 et 8 mars dans les services de gynécologie obstétrique de l’hôpital de la Rabta à Tunis.

Selon les résultats préliminaires publiés par le ministère de la Santé, un agent infectieux aurait été à l’origine d’un choc septique entrainant la mort des nouveaux-nés.

En conséquence, le ministre de la Santé, Abderraouf Cherif a présenté, samedi, sa démission qui a été acceptée par le chef du gouvernement, et ce en marge d’une réunion de crise présidée par ce dernier.

Dans la soirée du samedi, l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a appelé à la mise en place d’un place de sauvetage “urgent” des hôpitaux publics.

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