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Une «gilet jaune» matraquée à la tête pendant l’acte 23? Retour sur une vidéo virale

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  • Samedi 21 avril, pendant l’acte 23 des « gilets jaunes », une manifestante a reçu un coup de matraque d’un CRS alors qu’elle lui tournait le dos.
  • La scène, filmée, est devenue virale sur les réseaux sociaux au gré de ses partages par des internautes dénonçant des violences policières.
  • « 20 Minutes » revient sur le déroulé des évènements, qui ont amené la victime à porter plainte depuis.
  • Si l’acte 23 des « gilets jaunes » a surtout été marqué par l’interpellation de différents journalistes, dont Gaspard Glanz, il a aussi donné lieu à des violences du côté des manifestants comme des forces de l’ordre.

Depuis sa première mise en ligne, dimanche, une vidéo circule ainsi massivement sur les réseaux sociaux pour dénoncer ces abus policiers. On y voit un CRS mener la charge de ses collègues, matraque tendue en avant, pendant un sprint vers les manifestants qui lui font face. Arrivé à la hauteur d’une « gilet jaune » qui lui tourne le dos (et ne semble pas avoir remarqué sa présence), il lui assène un coup juste au-dessus de son sac à dos. Alors qu’elle est effondrée au sol, les CRS arrivés après leur collègue l’enjambent et poursuivent leur charge.

« Un CRS matraque une femme à la tête et la laisse inconsciente au sol. Il n’y a pas de violences policières !! » s’indigne ainsi par exemple la page « Stop Macron ». 20 Minutes revient sur les évènements, qui se sont déroulés à Paris, plus précisément aux environs du 38 quai de Jemmapes, dans le 10e arrondissement.

Un CRS matraque une femme à la tête et la laisse inconsciente au sol .Il n'y a pas de Violences policières !!

Posted by Dégageons Macron on Monday, April 22, 2019

FAKE OFF

Si la séquence virale ne dure que 35 secondes et montre seulement la charge des CRS suivie de la chute de la « gilet jaune », elle est en fait extraite d’une vidéo d’une vingtaine de minutes initialement mise en ligne par « InfoCritiqueWeb », une page YouTube qui se présente comme une « sorte de média indépendant ».

On y voit notamment, dans les minutes précédant la séquence (qui a lieu à 7’10), des échanges particulièrement tendus entre les forces de l’ordre et les manifestants : jets de projectiles, insultes, renvois de gaz lacrymogènes ou fumigènes… Ces tensions sont également visibles – sans coupure au montage – dans le direct vidéo réalisé par Ruptly, l’équipe vidéo du média russe RT, réputé proche du Kremlin : la charge y est filmée d’un autre angle à 2’57’57.

Le vidéaste de « InfoCritiqueWeb » à l’origine de la séquence la plus partagée indique à 20 Minutes : « C’était assez tendu : il y avait beaucoup de scooters en feu, des jets de pierres et de tous types d’objets par des « gilets jaunes » cagoulés contre les forces de l’ordre, des charges fréquentes de la police… A ce moment précis, il y avait une sorte de rassemblement à cet endroit. C’est là que je me suis collé à côté des CRS. »

« Quand ils ont lancé leur charge, j’ai vu une manifestante lever les mains, puis elle a été matraquée », poursuit-il. Plus précisément à 13h52, d’après l’heure de son enregistrement, juste après que les manifestants eurent entamé une Marseillaise. « Je n’ai pas vraiment compris ce qui se passait, c’est en dérushant les images que j’ai réalisé la gravité de la situation. Le coup de matraque a été porté au niveau de la nuque. Je n’ai pas vu de saignement mais elle a tout de suite été prise en charge », explique-t-il.

Comme on peut le voir sur sa vidéo complète, la manifestante est en effet aidée par des street medics qui l’exfiltrent sur le côté.

« Une grosse pression au niveau de la colonne vertébrale »
Mélanie, la manifestante victime du coup de matraque alors qu’elle venait d’Amiens pour la manifestation avec son mari, confirme à 20 Minutes avoir été frappée à la nuque (et pas à la tête), tout en précisant : « On avait entamé une Marseillaise quand j’ai fait demi-tour pour suivre la foule, j’ai levé les bras pour montrer aux forces de l’ordre que je ne présentais aucun danger, c’est un réflexe que j’ai pris en manifestation. J’ai ressenti une grosse pression au niveau de la colonne vertébrale, comme de l’électricité, j’ai vu des étoiles et je suis tombée. »

« J’ai fait un blackout pendant un moment, j’ai fini par entendre mon mari qui me disait « Mel, Mel, réveille-toi ! » mais j’avais comme une énorme envie de dormir. J’étais persuadée d’avoir pris un bout de caoutchouc : quand on me demandait ce que j’avais eu pendant la manifestation, je répondais que j’avais reçu un morceau de grenade de désencerclement. Ce n’est qu’en voyant la vidéo dimanche vers 16 heures que j’ai réalisé ce qui s’était passé. Ma seule faute, c’est de ne pas avoir été assez attentive à ce qui se passait, je culpabilise de ne pas avoir senti qu’ils allaient charger, je ne sais pas s’il y a eu une sommation mais je n’en ai pas entendu », ajoute-t-elle.

Elle a depuis porté plainte, précisant « ne pas en vouloir à la police », « mais à l’homme en uniforme qui m’a frappée dans le dos, sans prévenir et sans raison ». « Je veux que l’enquête prouve que je n’ai rien fait », conclut Mélanie. De son côté, le service de communication de la police nationale indique à 20 Minutes « ne pas pouvoir commenter » l’affaire, celle-ci faisant l’objet d’une « enquête en cours ».

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